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L'affaire du Center Parc de Roybon

paru le 16/01/2015

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« Pierre... Les vacances sont finies ! »* 
L'affaire du Center Parc de Roybon ¹:

 Chemin défoncé par les chenilles et menant à une des  entrées du chantier  (photo F.Hoog)

 

A Roybon, commune située à 35 km au nord-est de Romans, cela fait maintenant plus de cinq ans que de courageux militants de l'association PCSCP (Pour des Chambaran Sans Center Parc) s'opposent à un projet de villages vacances promu par le groupe Pierre et Vacances. En effet, cette multinationale du tourisme y prépare la création de ce que l'on pourrait définir comme une véritable "agglomération de loisirs " - et ce en plein milieu d'une des zones humides qu'abrite le massif des Chambaran, celle de la forêt des Avenières.

Or, le projet de Pierre et Vacances, « c'est du lourd »...  Pour son Center Parc, le groupe prévoit une fréquentation de plus de 5000 personnes par semaine (en période de pointe), et la construction de près de 1000 "cottages", anglicisme un peu snob pour désigner ce qui n'est, au fond, qu'une sorte de préfabriqué amélioré, préfabriqué dont la structure en bois autant que le mobilier intérieur seront soumis à rude épreuve par un usage intense. Quant aux loisirs proposés aux vacanciers, ils s'organiseront essentiellement autour de l' "Aquamundo", autre terme aguicheur - mais hispanisant cette fois - pour définir un banal complexe aquatique recouvert d'un dôme en verre, complexe dont l'intérieur sera chauffé à 29°C, ambiance tropicale avec animaux et populations exotiques de touristes inclus !...

Le prix pour un séjour d'une semaine variera entre 600 et 800 euros pour une famille de 4 personnes (selon la saison) ; auquel s'ajouteront, bien sûr, les consommations dans l'enceinte même du Center Parc, qui sera, ainsi, un peu comme une grande colo familiale... En particulier, une cafétéria proposera aux vacanciers une restauration collective aseptisée, fournie par une cuisine centrale parisienne, tandis que l'on pourra acheter des produits "made in china" dans les boutiques du centre commercial, le tout avec quantité d'activités ludiques et sportives qui garantiront aux investisseurs la présence affairée de consommateurs captifs...

Comme on le voit, on ne peut pas parler sérieusement, ici, d'un modèle de développement local, sauf si, à l'instar de certains élus locaux, on a le sens de l'humour involontaire, et que l'on veut bien prendre l'argument quasi-religieux de l'emploi, brandi par ces mêmes élus pour justifier leur soutien, comme une vérité évangélique... Si bien qu'outre que le concept d'usine à touristes en zone rurale désertifiée est en soi plutôt saugrenu au regard des vrais besoins de nos campagnes et des urgences actuelles (soutien à l'agriculture paysanne par l'installation de nouveaux agriculteurs, lutte contre le réchauffement climatique, et bien sûr, lutte contre le chômage par la création de vrais emplois durables et dignes), il a en plus, ici, le tort d'être décliné sous une forme particulièrement lamentable, que ce soit sur le plan écologique, social, ou même économique.

 

 Un projet à forte empreinte écologique.

Tout d'abord, la zone humide « impactée » par l'implantation du Center Parc est située à cheval sur deux bassins-versant. Elle joue donc un rôle écologique vital pour les communes avoisinantes puisqu'elle alimente non seulement les rivières Galaure et Herbasse, mais aussi une nappe phréatique fortement sollicitée l'été. Ce problème n'a pourtant pas ému le préfet de l'Isère, et encore moins le conseil municipal de Roybon, qui ont décidé de passer outre malgré les doléances des communes voisines (en effet, plusieurs communes des environs immédiats ont voté contre le projet, détail qui est malheureusement ignoré par beaucoup de médias²).

Pourtant, il n'est pas difficile de comprendre que le bétonnage de cette zone humide sur plus de 10 HA et sa dégradation sur près d'une centaine (110 HA menacés en tout³) participeront à assécher encore plus les rivières durant l'été, et ce tout en favorisant les inondations l'hiver. De plus, l'imprégnation moindre des sols se conjuguera avec la surconsommation de l'eau disponible du fait du triplement de la population locale une partie de l'année. En période de canicule, la sécheresse sera donc accentuée, tandis que l'eau coulera à flots dans les bassins de l'Aquamundo !... Enfin, les rejets de polluants divers et d'une eau chaude à 29 °, dus au nettoyage et à la vidange des bassins de baignade, nuiront à la qualité et à la préservation des éco-systèmes de rivières... Sans parler, évidemment, du biotope global de la zone forestière, dont nombre d'habitats de la faune et de la flore seront éradiqués par les voiries et constructions.

 

Pancarte de bord de route, installée par les  militants de l'association PCSCP (photo F.Hoog)

 

De ce fait, alors que ce projet est en total violation avec différents textes législatifs (loi sur l'Eau, Code de l'Environnement, Schéma Directeur d'Aménagement et de Gestion des eaux, directives européennes sur l'eau et la biodiversité, etc … ), on peut, encore une fois, s'étonner qu'il ait eu le soutien du préfet, le tout sous prétexte que Pierre et Vacances se soit engagé à prendre diverses mesures compensatoires… Or, justement, ce sont ces mesures compensatoires qui n'ont pas convaincu le juge des référés du tribunal administratif de Grenoble, saisi par différentes associations, dont PCSCP. Le 23 décembre, ce dernier annula donc l'autorisation de travaux délivrée par la préfecture le 3 octobre.

Au passage, on observera que si vous êtes un simple propriétaire résident en zone rurale, il vous est déconseillé de contrevenir aux règlements relatifs à la Loi sur l'Eau4 ou à la loi Paysage ; ou bien encore à la loi ALURE, votée récemment. Il était donc normal que la justice se montre moins docile que le préfet devant la volonté affichée de Pierre et Vacances de passer en force grâce au soutien d'un arrêté précipité.

 

Le curieux mécano financier de Pierre et Vacances.

Concernant les 380 millions d'investissements envisagés pour le Center Parc de Roybon, il y a de quoi s'interroger sur la moralité du montage financier du projet, surtout lorsque l'on veut savoir ce que Pierre et Vacances met réellement de sa poche et que l'on constate l'importance des aides publique.

Tout d'abord, les subventions venant des collectivités et organismes publics, de l'ordre de 37 millions d'euros, financent l'essentiel des aménagements de viabilisation et d'accès ; ce qui est bien pratique pour la multinationale ! Voiries et raccordements électriques, édification d'un château d'eau, approvisionnement en eau potable et évacuation des eaux usées (27 kilomètres de conduites par monts et par vaux), réalisation d'une déviation par la commune (4 millions d'euros), mais aussi achat par le conseil général de l'Isère de l'ensemble des voiries et chaussées situées à l'intérieur du Center Parc5 (7 millions d'euros), font donc partie des cadeaux que les élus offrent à Pierre et Vacances.

Sans parler, évidemment, de la vente par la communes de Roybon des 200 HA à prix cassés ( pensez-donc, seulement 0,30 centimes d'euros par m² au lieu des 18 euros au prix du terrain devenu constructible ! ). Sans parler non plus des coûts cachés et pourtant afférents à la création du Center Parc !.. Ainsi, l'extension de la station d'épuration de Saint Sauveur (près de Saint Marcellin) pour recevoir les eaux usés du village vacance ; l'entretien (qui est toujours coûteux, lui), des nouveaux réseaux publics et privés (puisque ceux du Center Parc seront à la charge du Conseil Général ! ), mais aussi le traitement des déchets des milliers de touristes à la semaine (coût qui sera supporté par péréquation avec l'ensemble des habitants de la CDC de Roybon ! )... Ainsi, il n'est pas déraisonnable de penser que le montant réel des aides directes et indirectes pourrait bien avoisiner les cinquante millions d'euros... Et comme rien n'est moins certain que l'expansion continue d'un tourisme de masse, il est par contre peu probable que les 2,8 millions d'euros de taxes diverses espérées annuellement par la commune, grâce au Center Parc, permettront, un jour, d'amortir les lourds investissements consentis par des collectivités, surtout dans le cadre d'emprunts contractés sur plus de 20 ans à un taux pouvant atteindre 4 %...

Par ailleurs, concernant la réalisation des infrastructures d'hébergement et de loisirs, c'est-à-dire du fameux Aquamundo et des "cottages", il y a, là aussi beaucoup, à dire... En effet, le coût de ce complexe aquatique, doté de sa structure en verre et béton, approcherait une centaine de millions d'euros, coût pharaonique qu'implique autant son caractère démesuré que l'isolation nécessaire pour garantir, par tous les temps, des loisirs aquatiques aux vacanciers... Quant aux "cottages", vu leur nombre (990), il faudrait compter plus de 250 millions d'euros d'investis-sements de la part des différents acteurs, et ce avant que leur mise en location ne soit effective. Or, c'est justement sur cette partie "infra-structures d'accueil", la plus délicate en terme de trésorerie, que Gérard Brémond, le PDG de Pierre et Vacances, s'est montré le plus habile, bien qu'un peu aidé, il faut l'avouer, par des élus locaux et des députés très compréhensifs.

D'abord, grâce à la mise au pot des différentes collectivités, une société mixte (SEM) est créée ; ce qui permet d'emprunter auprès d'organismes bancaires privés (Crédit Agricole, Crédit Foncier, Société Générale ) mais aussi publics (la Caisse des Dépôts et Consignation ), et ainsi de boucler le budget de l' Aquamundo… Bien sûr, l'apport des différents partenaires institutionnels peut varier selon les départements et les régions concernés, du fait d'accords différents en fonction des élus ; mais il n'empêche que ce qui apparaît clairement, c'est que la part des investisseurs publics reste prépondérante dans chaque projet6.

Dans le même temps, bien sûr, Pierre et Vacances en profite pour mettre en vente ses fameux "cottages", dont les prix exorbitants vont de 250 000 à 370 000 euros l'unité, "cottages" qui sont présentés aux acheteurs potentiels comme des investissements locatifs à forte rentabilité... Pour cela, il fait comme tout promoteur immobilier, puisque c'est avec l'organisation de séjours touristiques son autre activité principale : il vend sur plan.  Ce principe commercial de bon sens lui permet ainsi de n'investir qu'au fur et à mesure des commandes...

 Panneau de déclaration de travaux, à l'entrée de la zone du chantier (Photo : F.Hoog)

 

Mais alors que, pour ses premiers Center Parc, Pierre et Vacances avait pu compter sur l'afflux des petits investisseurs, il n'en est plus de même aujourd'hui ; du fait, en particulier, de la réticence croissante de ces derniers depuis la crise immobilière de 2008… Si bien que le groupe fait désormais appel, en priorité, aux mêmes organismes bancaires privés ou publics qui étaient les partenaires de la société mixte mise en place pour l'Aquamundo (dont la Caisse des Dépôts et Consignations7), et ce en les attirant grâce aux dispositifs de défiscalisation. C'est pourquoi ces organismes ont prévu d'acheter plusieurs centaines de cottages, fournissant un cash-flow d'une centaine de millions d'euros qui consolidera le financement et viabilisera définitivement l'opération.

Au vu d'une telle stratégie de la part de Pierre et Vacances, on comprend donc que l'importance prise par les investisseurs institutionnels de toute nature, jusque dans la commande groupée de « cottages », aurait dû logiquement interpeller les élus... Sans leurs apports, il n'y aurait pas de rentabilité... Manière de dire que, sur le fond du projet, de rentabilité, il n' y a plus vraiment ; et que chez Pierre et Vacances : « On veut bien prendre des risques... Quoi que... Mais pas trop non plus… »

 

L'appât vicieux des défiscalisations.

Les développements précédents auront eu le mérite de mettre le lecteur sur la voie d'un élément essentiel du dossier, élément qui concerne l'ensemble des promoteurs de résidences de tourisme et pas seulement Pierre et Vacances… En effet, si le prix extravagant pour un appartement au sein d'une résidence de tourisme est présenté aux investisseurs comme la preuve même d'une affaire en or, c'est avant tout parce qu'on leur garantit des rendements locatifs élevés ( 4 à 6 % en moyenne) autant que des déductions fiscales conséquentes... Car acheter un "cottage" ou un studio, c'est acheter un bien dans un but locatif, investissement qui permet de bénéficier d'un dispositif avantageux grâce à différentes lois de défiscalisation successives (Périssol, Scellier, Censi-Bouvard8)... C'est donc grâce à ces lois, votées à la demande des lobbies immobiliers - et dont la dernière est régulièrement reconduite sous les yeux attentifs de Gérard Brémond lui-même, que les constructeurs immobiliers se sont assurés d'une clientèle, au point de se permettre de vendre leurs biens 30 à 40 % plus cher que leur véritable valeur (d'où les prix des "cottages"  indiqués).

Or, ces cadeaux fiscaux se révèlent au final un piège risqué pour l'investisseur ; car en cas de mauvais rendements des locations (clientèle de vacanciers insuffisante, rabais trop importants sur le prix à la semaine, ou charges soudainement « explosives »), il est impossible à l'acheteur de revendre son bien sans perdre les déductions et exonération de TVA dont il a bénéficié (ce qui signifie le remboursement de dizaines de milliers d'euros à l'Etat)... Tout simplement parce que ces avantages fiscaux ne sont consentis que dans le cadre d'une signature de bail de 9 ans avec un exploitant de résidences de tourisme, signature qui est elle-même obligatoirement liée à l'acquisition du bien....

Il y a donc, entre les sociétés immobilières et les investisseurs en résidences de tourisme, des sociétés exploitantes chargées de la gestion locative autant que de l'entretien des résidences. Ces sociétés sont soit créées par les promoteurs eux-mêmes, soit recrutées, et reçoivent, dès la signature du contrat d'exploitation, un fond de concours, forme de capitalisation des exploitants offerte par les promoteurs afin de leur permettre d'honorer les loyers garantis auprès des investisseurs (dans l'hypothèse où la fréquentation touristique se montre décevante ou trop fluctuante). Mais peu de gens le savent, cette « assurance loyer » est en fait financée par l'acheteur lui-même grâce au paiement de son bien à un coût surévalué justement... Sur Internet affluent les témoignages de propriétaires furieux s'étant rendu compte de l'astuce : « Les prix de ventes sont systématiquement majorés au minimum de 5 ans de loyer » affirme un monsieur ayant acheté un cottage... « En fait on s'autofinance une avance sur les loyers que l'on va percevoir, voici pourquoi les prix de Pierre et Vacances sont exagérément élevés »9.

Evidemment, cela porterait moins à conséquence si la fréquentation était toujours au rendez-vous, et qu'ainsi les loyers engrangés finissaient par rentabiliser l'investissement… Mais, malheureusement, ce n'est pas le cas pour nombre de résidences de tourisme, qu'elles soient à la mer ou à la montagne, qu'elles appartiennent à Pierre et Vacances ou à Lagrange, Maeva et autres groupes, ou bien à une myriade de petits promoteurs immobiliers qui se sont lancés sur ce marché devenu juteux, grâce à ces fameuses lois de défiscalisation, et ont provoqué par là-même une véritable sur-offre de biens locatifs (leur nombre a doublé en 10 ans). Si bien qu'un taux de remplissage satisfaisant (estimé à partir de 70%, ) est loin d'être la règle... Au point que l'on compte, dans la majorité des stations de ski, pas moins de 30 à 40 % de « lits froids »10 , c'est-à-dire proposés à la location dans de petits appartements meublés et qui ne sont occupés que 4 semaines par an maximum (souvent d'ailleurs par leur propriétaire eux même ! ). Il y a ainsi en France près de 200 000 appartements (studio, chalets, etc.…) regroupés dans des résidences de tourisme, et dont la moitié seulement ont un taux de fréquentation correcte...

Ce constat explique pourquoi, au bout de quelques années, nombre de sociétés gérantes sont mises en redressement, tandis que d'autres obligent leurs copropriétaires à une renégociation des loyers en agitant la menace d'un dépôt de bilan qui les contraindrait à rembourser les aides... On comprend donc que, grâce à la loi, l'exploitant est ainsi mis en position de force pour imposer ses volontés aux petits investisseurs, les loyers étant alors rabotés de 30 à 70 % avant l'expiration du bail de 9 ans en même temps que des travaux onéreux d'entretien sont imposés11… De ce fait, on peut se demander si nombre de sociétés exploitantes ne seraient pas un leurre pour cautionner la viabilité des opérations immobilières, certaines s'étant révélées de pure connivence avec les groupes promoteurs, acceptant de gérer leur parc locatif le temps de donner l'illusion d'une rentabilité imparable, et ce, grâce au reversement de loyers en quelque sorte pré-payés par les propriétaires eux-mêmes12.

Si bien qu'à ceux qui se demandent :  « Quel intérêt ont les particuliers à investir dans des « cottages ? », nous pourrions répondre : « Au premier abord, beaucoup… Mais en définitive, pas trop ! »

 

Premier bilan.

Tout d'abord, il est incontestable que les lois de défiscalisation ont participé à la formation d'une bulle immobilière dont les effets désastreux se font sentir depuis quelques années : surendettement de particuliers (qui espéraient, en empruntant, bénéficier d'un rapport intéressant entre le loyer "garanti" et les mensualités dues à la banque), désertion de résidences aux charges toujours plus élevées, création de friches touristiques hideuses aux lourds impacts écologiques, hausse des dépenses de nombreuses collectivités pour l'entretien de réseaux inutiles...

Du coup, il peut sembler incongru que Pierre et Vacances persiste à accroître son offre touristique, en particulier autour du concept des Center Parc, dont l'implantation dans des déserts ruraux est en réalité motivée par le faible coût du terrain autant que par la proximité relative de centres urbains régionaux (Roybon est à mi distance de Grenoble et de Lyon) ; mais aussi par le montant des subventions que tel ou tel élu propose. Certes, le groupe vise une offre de vacances de proximité à l'attention de classes moyennes urbaines, mais il semble volontairement ignorer une évidence : le taux de fréquentation visé est peu probable, puisqu'on ne peut pas croire que 200 000 personnes en moyenne viendront, par an, dans chaque Center Parc,  autant à cause de la baisse du pouvoir d'achat que du fait du caractère standardisé de son offre… Sans compter que l'on observe, depuis quelques années, une évolution des habitudes touristiques des Français, qui délaissent la France au profit d'autres pays (Maghreb, pays de l'Est).

On peut d'autant plus légitimement interroger le modèle économique de Pierre et Vacances que les résultats de sa branche tourisme ont été particulièrement mauvais en 2012 et 2013, résultats insuffisamment amortis par sa branche immobilière qui repose, comme on l'a vu, de plus en plus sur la vente des meublés de vacances aux investisseurs institutionnels. Et comme c'est justement là que le bât blesse, certains perçoivent effectivement dans ces soutiens financiers une stratégie pour masquer le manque de rentabilité réelle des Center Parc. Interrogé, Stéphane Perron, président de PCSCP, n'hésite pas déclarer : « Cela ressemble étrangement à une cavalerie... L'argent publique donnée sous de multiples formes (subventions, défiscalisation, remise de TVA et transferts de charges sur les collectivités) permet à Pierre et Vacances de continuer d'investir malgré des années de pertes »...

  Le village de Roybon, vu de la route menant au chantier du Center Parc (photo F.Hoog)

 

Mais pour revenir à ce qui nous intéresse, on voit mal dans tout ça où est l'argent de Pierre et Vacances. Ou plutôt, on voit bien celui qu'il gagne, mais pas celui qu'il met… Si ce n'est bien sûr, parce que quand même, il en faut un peu, ne fut-ce pour donner un air de crédibilité au concept, dans ses études... Ses fameuses études ! Qu'elles soient d'aménagement, commerciales, environnementales, architecturales ou ornementales... Ce qui n'exclut pas non plus, remarquez, que le groupe ne soit pas obligé d'en mettre un peu ailleurs aussi... Dans le montage et le suivi des dossiers par exemple, même si ce "suivi" peut s'entendre d'une façon très large… Si bien qu'il est tout à fait probable, qu'au contraire de ce que nombre de "pro-center parc" béats avancent, le montant global de l'enveloppe versée par Pierre et Vacances ne doit pas dépasser 5 à 10 % de l'investissement total (« Et encore ! », comme dirait l'autre...)

Quoi qu'il en soit, on se doute bien que la multinationale ne va pas attendre de voir si le Center Parc de Roybon marche du tonnerre pour commencer à se payer ses immenses et laborieux efforts. C'est pourquoi, dès l'entrée des investisseurs publics dans son mécano financier, Pierre et Vacances peut commencer à considérer que, pour lui, la partie est gagnée ! Car son business plan, ça n'est pas des bénéfices sur le long terme à partir d'un lourd investissement, responsabilité qu'il laisse aux collectivités, aux investisseurs institutionnels et, bien sûr, aux simples particuliers, mais la rente immédiate que représente la pré-vente à tous ce petit monde d'une promesse de profit miraculeux… Oui, Gérard Brémond vend un rêve spéculatif basé sur le pari d'une croissance de la demande touristique autour d'un concept de nature artificielle et rassurante : celui d'un séjour ludique dans un cadre naturel domestiqué et consumériste !

L'argument trompeur des emplois créés sert ainsi à masquer ce qui tient tout lieu d'une imposture… Car ça n'est pas Pierre et Vacances qui crée les centaines de « petits boulots » et emplois précaires générés par son activité, mais, pour l'essentiel, les collectivités locales, les syndicats des eaux, l’État et la Caisse des Dépôts et Consignations, et ce grâce à l'argent des contribuables ou des petits épargnants de livret A ; cette imposture relevant au final du même esprit que la tromperie dont sont victimes nombre d'investisseurs qui croient toucher, dans les premières années du bail, les loyers de locations réellement effectuées, alors que ça n'est le plus souvent que le remboursement d'une avance faite sur un prix surévalué !

Dès lors que l'on prend connaissance de telles évidences, la première question qui devrait se poser est la suivante : un certain nombre d'élus soutiendraient-ils une arnaque ? Et si oui, le savent-ils ? Ou pire : s'en moquent-ils ?

 

Avoir le courage des bonnes questions.

L'affaire est donc d'autant plus choquante que l'on pourrait parfaitement créer plus de 500 emplois à temps plein et en CDD de 5 ans rien qu'avec les dizaines de millions d'euros de subventions que les collectivités et la Caisse des Dépôts et Consignations vont donner à Pierre et Vacances ; d'autant plus que l'on éviterait ainsi de détruire une zone humide utile aux communes environnantes, sans pour autant soutenir une multinationale qui risque d'embarquer des investisseurs dans une affaire dont ils pourraient bien avoir tout à perdre ! Et surtout, comme l'a très bien montré l'association PCSCP, sans verser plus de 230 000 euros par emploi créé si l'on tient compte des défiscalisations et remises de TVA offertes aux investisseurs, aides indirectes qui auraient pu, d'ailleurs, participer elles aussi à la création de vrais emplois !  C'est pourquoi ce soutien inadmissible des collectivités à des projets aussi hasardeux à moyen terme, mérite que l'on s'interroge sur le bien fondé de leur calcul et de leur action.

En effet, si pour créer des emplois et une activité économique locale florissante, il suffit de donner indirectement (par Center Parc interposé) des dizaines de million d'euros à une seule commune afin qu'elle puisse bétonner ses zones humides, pourquoi ne pas étendre cette recette miracle à l'ensemble des zone rurales ? Et puisqu'on y est, ne pourrait-on aussi envisager la construction de 4 voies qui ceintureraient tous les villages de France ? L'initiative serait assurément une bonne affaire pour les groupes des Travaux Publics, de Vinci à Veolia en passant par les multiples entreprises locales... D'autant plus qu'elles seraient faciles à justifier en terme de rentabilité : des péages seraient instaurés à leur entrée ! L'offre d'emploi serait ainsi pléthorique et l'ensemble de la population française y trouverait à s'occuper pendant de longues années !

Ces remarques de bon sens se doublent d'autres concernant la légitimité de ces investissements. Ainsi, pourquoi Pierre et Vacances serait-il le seul acteur économique privé du secteur à bénéficier des largesses de nos élus ? Et les campings, autant que les gîtes et chambres d'hôtes, ainsi que nombre d'entreprises et artisans locaux, auraient toute raison de demander à leur tour un soutien aussi remarquable... Sans quoi, que valent les fameuses règles de la concurrence libre et non faussée ? D'autant plus que l'argent investi en soutien à de petites structures aurait bien plus de chances de créer de vrais emplois et d'irriguer le tissus économique rural, au lieu de financer un modèle centralisé de prestations touristiques au seul profit d'une multinationale, modèle qui justement n'a pour effet que de laminer des concurrents dispersés et de petite taille.

Enfin, pour revenir à la question de l'emploi, il serait temps de limiter l'usage du terme à une définition plus restrictive qui permettent de ne pas confondre les activités de survie (petits boulots faiblement rémunérés, précaires, et n'offrant guère de perspective d'épanouissement) à celles donnant, par leur sécurité et une rémunération correcte, une dignité valorisant les travailleurs en particulier et la société en générale. C'est pourquoi, cautionner comme le fond de trop nombreux élus et médias, le discours de Pierre et Vacances sur la création d'emplois en "équivalent temps plein", relève d'une démagogie à la limite de la provocation.

Pour comprendre l'indignation des opposants aux Center Parcs, il suffit d'imaginer une entreprise quelconque qui se mette à proposer 210 emplois d'une heure par semaine en CDD (ce qui est légale)... Grâce au jeu sémantique que permet l'expression "équivalent temps plein", elle peut donc se prévaloir de 6 emplois à temps plein, et ce, alors même qu'il n'y aura pas d'emploi au sens véritable du terme (« 4 heures par mois, mon pauv'monsieur, pensez donc ! » comme diraient les anciens)… Mieux : si une entreprise de travaux publics embauche pendant deux ans, un salarié différent chaque jour et pour une seule journée, elle pourra là aussi affirmer qu'elle aura créer 530 emplois en CDD ! Comme on le voit, le terme « emploi » est donc en réalité totalement dévoyé, ce qui n'est plus acceptable.

Or, c'est justement 468 emplois « équivalent temps plein » crées par notre argent, (alors que la moité des emplois réels ne dépasseront pas 9 à 12 heures par semaine et au SMIC !), qui sont mis en avant par les élus pour justifier ces dépenses à fonds perdu en faveur de Mr Brémond.  L'argument spécieux des « emplois » créés prouve donc que le capitalisme « libéral » à la française a non seulement pour objectif d'exiger toujours plus de flexibilité sociale, mais aussi d'amener l'Etat et les collectivités à construire et financer, à son profit exclusif, un modèle sociale déjà assoupli ! De ce fait, les élus qui acceptent de se faire le jeu de cette logique deviennent ainsi les collaborateurs zélés d'un système économique et sociale au service de l'idéologie techno-libérale...

 

Destin d'une future friche touristique.

C'est donc l'autorisation des travaux par l'arrêté préfectoral du 3 octobre 2014, qui a incité, début décembre 2014, des dizaines de militants "zadistes" à s'opposer aux premiers défrichements et à occuper une maison forestière proche du chantier du « futur » Center Parc.  Ainsi, grâce à leur stratégie d'obstruction et d'interposition au chantier, stratégie fondée sur la philosophie de la non-violence et de la désobéissance civile, ce dernier a pu être stoppé ; et ce, avant que la décision du tribunal administratif de Grenoble du 23 décembre ordonnât la suspension de tous travaux sur le site, reconnaissant de ce fait le caractère légal de leur action.

Les dégâts du défrichement. On peut admirer la taille des chenilles  (photo F.Hoog)

 

Dans le même temps, les contre-manifestations organisées par des élus et des entreprises du BTP, ainsi que par quelques habitants du secteur, trompés sur les vraies motivations intéressées des meneurs et autres « Khmers gris » du béton, ont donné lieu à des accusations inadmissibles faites de rumeurs et de calomnies à l'encontre de ces opposants courageux et désintéressés que sont les "zadistes"... Une des accusations rituelles étant qu'ils n'étaient avant tout que "des fainéants vivant au crochet de la société"… Or, que savent-ils d'eux au juste ? Rien… Et alors qu'ils regardent avec mépris ces nouveaux résistants qui ne se battent que pour l'intérêt des générations futures, les « pro-Center Parc » s'inclinent dévotement devant les cadres d'une multinationale à la dérive dont ils se font les complices.

Mais qu'ils se rassurent ! Ils n'aiment pas les "zadistes" ? Demain, ils auront bien mieux ! Quand la crise frappera de plein fouet ces îlots touristiques artificiels, que leurs résidents ruinés abandonneront leur "cottage", ne pouvant plus pourvoir au frais de chauffage d'une infrastructure gourmande en énergie (pensez donc, des bassins chauffés à 29 ° ! ), mais aussi en frais de gardiennage et d'entretien de tous ordres, que les collectivités surendettées seront dans l'incapacité de remettre en état les sites originaux - obligation que, par ailleurs, il n'est même pas imposée à Pierre et Vacances en cas d'arrêt d'exploitation des Center Parc, ces derniers ne seront plus que des friches touristiques immondes que l'on cherchera par prudence à contourner… Car l'insécurité régnera à leurs abords, du fait de l'attractivité qu'ils exerceront pour des bandes de marginaux shootés et ultra-violents, bien loin de l'acabit de ces jeunes idéalistes que sont nos "zadistes" ! Et quand la nuit viendra, les communes qui auront eu le malheur d'accepter sur leur territoire de telles implantations, vivront dans la terreur permanente des razzias menée depuis ces friches touristiques ensauvagées… «Center squat» et «Junky parc», tel est l'avenir des Center Parcs ! C'est pourquoi, cinéastes de films d'anticipation, n'hésitez pas à y envisager la réalisation de vos futurs Mad Max !

En attendant, et avant qu'il ne soit trop tard, c'est-à-dire avant que la bulle immobilière des résidences de vacances ne finisse par générer une déroute du système bancaire, à l'image de ce qui s'est passé en 2008, il est peut-être encore temps pour les contribuables de réagir en envisageant la possibilité juridique d'une "class-action " contre un certain nombre d'élus… Car ces derniers, en refusant de prendre en compte nombre de signaux d'alerte concernant le marché des résidences de tourisme, mais aussi en n'estimant pas à sa juste valeur l'attitude cavalière de Pierre et Vacances, peuvent désormais, légitimement, être soupçonnés de complicité d'escroquerie et de détournement d'argent publique.

François Hoog

 

Notes et renvois

* Joli slogan affiché par les hôtes de la Marqui'zad, nom donné par les "zadistes" à la maison forestière de la Marquise qu'ils occupent.

¹ Pour cet article, l'auteur s'est contenté de mettre en forme, à sa façon, l'ensemble des informations et sources issues du travail d'investigation mené par les membres de l'association PCSCP (Pour les Chambaran Sans Center Parc / ). Qu'ils en soient remerciés !

² Les communes de Saint Sorlin-en-Valloire, Montrigaud, Parnans, Mours sur Eusèbe ont désapprouvé officiellement le projet du Center Parc.

³ Estimation faite par des experts indépendants de Pierre et Vacances.

4 Dans le cadre de la protection des nappes phréatiques et des cours d'eau, les particuliers ont l'obligation coûteuse de mettre en conformité leur fosse toutes eaux ; ce qui a provoqué l'arrivée sur le marché immobilier de nombreux biens,  généralement des résidences secondaires.

5 Acquisition plus que contestable d'un point de vue juridique, puisque l'usage de cette voirie n'est pas  publique mais privé.

6  Voir le montage de la société mixte ayant soutenu le Center Parc de Loudun, dans la Vienne

7 Même si la Caisse des Dépôts et Consignations joue aussi un rôle d'investisseur dans nombre de grosses sociétés, n'abuserait-elle pas ici en aidant une multinationale à être rentable sans trop d'efforts ? D'autant plus que sa principale mission est normalement le financement de logements sociaux !

8 Loi Censi-Bouvard : 11 % de l'investissement non imposables + exonération de TVA

http://droit-finances.commentcamarche.net/forum/affich-4787984-center-parcs-bois-francs-pierre-vacances

10 Article de la Tribune du 19 mars 2014

11 Article du Monde paru le 4 septembre 2013 : « Gare aux résidences de tourisme ».

12http://www.enqueteouverte.info/residencesdetourisme/2014/05/18/rhode-tourisme-recit-dune-entente-secrete-entre-un-exploitant-un-promoteur-et-un-vendeur-de-residences/

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